Guerre en Ukraine : l’est du pays se prépare à de violents combats, la population appelée à évacuer

L’est de l’Ukraine, désormais cible prioritaire du Kremlin, a appelé sa population civile à fuir les combats qui s’annoncent, en dépit de nouvelles sanctions américaines « dévastatrices » contre la Russie.

Les forces russes ont bombardé mercredi plusieurs localités dans l’est de l’Ukraine, dont Severodonetsk ou Rubizhne, faisant au moins un mort, a dénoncé mercredi soir le gouverneur de la région de Lougansk, encore sous contrôle ukrainien, Serguiï Gaïdaï. « Je demande aux gens d’évacuer, parce que nous voyons clairement qu’avant de passer à l’offensive totale, l’ennemi va juste détruire complètement tous ces endroits. S’il vous plaît, partez » pendant qu’il en est encore temps, a-t-il insisté.

« Nous n’avons nulle part où aller, ça fait des jours que c’est comme ça », a déploré mercredi un habitant de Severodonetsk, Volodymyr, devant le spectacle d’un bâtiment en flammes. « Je ne sais pas pour qui est cette guerre, mais nous, nous sommes là sous les bombes… »

La vice-Première ministre Iryna Verechtchouk a également lancé depuis Kiev mercredi un appel aux habitants de l’est du pays à évacuer la région « immédiatement », en raison des craintes d’une offensive majeure de l’armée russe sur le Donbass dont la Russie a désormais fait sa cible numéro un. Il faut partir « maintenant » sous peine de « risquer la mort » dans les prochains jours. Si l’armée russe lançait une attaque d’importance dans la région, « nous ne pourrions plus aider » la population, a-t-elle alerté.

Un enfer

Au moins deux cars affrétés par les autorités ont évacué mercredi quelques dizaines de personnes. Pavlo Kirilenko, gouverneur de la région de Donetsk encore sous contrôle ukrainien, a assuré mercredi que la population commençait à répondre aux appels d’évacuation. « Ils écoutent. La route (pour l’évacuation) est plus empruntée », a-t-il affirmé dans une vidéo postée sur sa page Facebook.

Les autorités ukrainiennes redoutent dans l’est du pays une situation analogue à celle de Marioupol dans le sud, où des milliers de personnes encore bloquées dans cette ville assiégée et bombardée depuis des semaines, vivent un enfer. Un convoi de sept autobus et d’environ 40 véhicules privés sous protection du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) est arrivé mercredi du sud-est de l’Ukraine à Zaporojie.

« Pas d’eau, pas d’électricité »

« Ces gens ont vraiment vécu le pire », a déclaré Lucile Marbeau, porte-parole du CICR. « Nous entendons des gens dire qu’ils ont dû quitter Marioupol à pied. Là-bas, à Marioupol, il n’y a toujours pas de nourriture, pas d’eau, pas d’électricité ».

« Il y a une semaine, des estimations prudentes faisaient état d’un bilan de 5 000 morts », a écrit mercredi sur la messagerie Telegram le conseil municipal de Marioupol. « Mais étant donné la taille de la ville, les destructions catastrophiques, la durée du blocus et la résistance acharnée, il pourrait y avoir des dizaines de milliers de victimes dans la population civile de Marioupol », a-t-il averti.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a accusé mercredi la Russie de bloquer l’accès humanitaire à Marioupol pour dissimuler les « milliers » de victimes dans cette ville. « Je pense que l’une des principales raisons pour lesquelles nous ne pouvons pas faire entrer d’aide humanitaire dans Marioupol est que, tant que tout n’a pas été ‘nettoyé’par les soldats russes, ils ont peur que le monde voie ce qu’il s’y passe », a déclaré Zelensky dans un entretien à la télévision turque.

La Russie a été accusée de « crimes de guerre » après la découverte de dizaines de cadavres dans plusieurs localités près de Kiev, dont Boutcha, après le retrait des forces russes. « Ce qui se passe, ce n’est rien de moins que des crimes de guerre majeurs. Les nations responsables doivent s’unir pour que les responsables rendent des comptes », a dit mercredi le président américain Joe Biden à Washington, en promettant « d’étouffer pour des années » le développement économique de la Russie.

De nouvelles sanctions

Les Etats-Unis ont annoncé mercredi une nouvelle volée de sanctions économiques et financières contre la Russie, qu’ils qualifient de « dévastatrices » et qui visent notamment les grandes banques et les filles du président russe Vladimir Poutine. Selon Washington, la Russie pourrait voir son économie s’effondrer de quelque 15 % cette année.

En Europe, le président du Conseil européen Charles Michel a estimé mercredi que l’UE devrait « tôt ou tard » prendre des sanctions sur le pétrole et le gaz russes. Plusieurs pays européens très dépendants du gaz russe, Allemagne en tête, sont toutefois très réticents à une telle mesure qui pénaliserait lourdement leurs économies.

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